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De l’influence du climat sur le psychisme…

 

Chantons sous la pluie !

A moins d’avoir de gros soucis, si le soleil brille nous sommes

guillerets et bien disposés. Qu’il pleuve ou que le ciel soit gris, et nous voilà

moroses et irritables…Psychiquement parlant nous sommes tous plus ou moins

climato-sensibles. C’est incontestable. Explications.

 

 danseurs sous la pluie

En plein océan, lors de la course transatlantique à la voile en solitaire de 1964, Eric Tabarly écrivait dans son journal de bord : «  Je suis partagé entre l’agacement de ne pas avancer faute d’une brise convenable et le plaisir de glisser lentement dans la tiédeur. Le soleil, c’est une bonne chose… ». Un peu plus tard il ajoutait : «  Le vent faiblit, la pluie cesse, un épais brouillard la remplace. Ces brusques changements de temps sont déconcertants…Le brouillard persiste toute la journée et la visibilité ne dépasse pas cinquante mètres. C’est assez déprimant… Seule consolation, la douceur de la température, qui facilite et améliore les conditions à bord. »

Ces courts extraits montrent que les conditions climatiques peuvent être à l’origine d’une gamme étendue d’impressions, de sensations, de réactions psychiques qui varient plus ou moins en fonction de l’état de santé neuropsychique de chacun. Réactions psychiques qui oscillent entre l’optimisme et le pessimisme, l’euphorie et l’anxiété, l’apaisement et l’irritabilité, la joie et la tristesse, la satisfaction et la déception, l’enthousiasme ou la morosité, la bonne ou la mauvaise humeur…

 SAUTES D’HUMEUR EN TOUT GENRE

Le temps, les changements de temps et les divers facteurs climatiques exercent une action  sur le psychisme humain. C’est incontestable. Pour les uns, les effets sont spectaculaires. Pour les autres ils passent presque inaperçus. Chez tous, ils provoquent des réactions plus ou moins conscientes, qui retentissent sur l’état d’esprit par l’intermédiaire des organes qu’ils affectent.

Selon les travaux du Dr.Bert, les changements météoro-climatiques provoquent une quantité de variations d’humeur chez les humains sans affecter réellement leur capacité intellectuelle. Même s’il est établi scientifiquement que notre cerveau fonctionne mieux lorsque l’air est frais et l’atmosphère sèche…(1)

De plus, le climat est une réalité objective dont les divers éléments conditionnent fréquemment le psychisme humain à son insu. En Corse, après quinze jours passés sous un ciel immuablement bleu et sans nuages, l’un de mes amis devint quelque peu nostalgique sans raison apparente. Il lui manquait quelque chose…mais quoi ? Les ciels changeants et les nuages d’Ile de France, où il vivait depuis sa naissance !

Suivant l’environnement (plaine, forêt, lac, bord de mer, montagne, etc.) et la luminosité solaire, les couleurs prennent aussi des nuances qui influent sur le psychisme. Les couleurs particulièrement vives peuvent provoquer une fatigue cérébrale inhabituelle, déclencher une migraine, voire un processus dépressif à la longue. Et s’il est prouvé que le rouge et le jaune ont une action excitante, le vert et le bleu, une action apaisante (Pr.Walfarth), en la matière, il faut éviter les conclusions hâtives et se souvenir que les couleurs produisent une gamme d’impressions et de réactions qui varient à l’infini selon les individus.

Selon le Pr.Delore, le climat lacustre de plaine ou de basse altitude exerce une influence apaisante et sédative qui se traduit par un relâchement des tensions psychiques, une diminution de l’anxiété et des angoisses, chez ceux et celles qui viennent séjourner sur les bords des petites « mers intérieures » que forment les lacs et les grands plans d’eau. (2)

L’histoire dresse une longue liste de personnages célèbres ayant trouvé – au moins pendant un temps – le délassement, la détente et le sérénité au contact des rives lacustres : le poète latin Catulle au lac de Garde, François d’Assise au lac Trasimène, lord Byron et Anna de Noailles au lac Léman, Jean-Jacques Rousseau au lac de Bienne, Stendhal au lac de Côme , Lamartine au lac du Bourget, etc.

DE L’APAISEMENT A L’EXALTATION

            Dans les régions situées à moins de 300 mètres d’altitude, éloignées de la mer de quelques dizaines de kilomètres, et aux vents de faible intensité, le climat de plaine type exerce également une action apaisante et sédative au niveau du psychisme et du système nerveux. Dans les plaines – boisées ou non – du sud-ouest de la France, et notamment la région de Pau, la stabilité climatique (variations thermométriques, hygrométriques et barométriques réduites au minimum) engendre une certaine égalité d’humeur, une gaîté sans excès et une légère euphorie, reconnues médicalement depuis plusieurs décennies. (3) [ Dr.  Ducoeur]

            A l’opposé, et à des degrés divers, les régions ventées, les rives marines et les stations de montagne enregistrent des oscillations climatiques sensibles et nombreuses qui produisent généralement une stimulation au niveau du psychisme. Stimulation allant de la sensation de bien-être intérieur (avec une nuance tonique) à l’exaltation sous toutes ses formes, en passant par toute une gamme d’impressions et de sensations diversement appréciées et supportées selon les individus.

            Exilé sur l’île anglaise de Jersey, Victor Hugo ne manquait jamais de se promener sur la grève et parmi les rochers battus par les flots lorsque soufflait la tempête. Le vent et les éléments déchaînés excitaient son imagination, exaltaient sa verve poétique !

             Enfin, il ne faut pas oublier les phobies – imputables aux facteurs climatiques - qui accompagnent certains troubles et maladies neuropsychiatriques. La peur du vent (anémophobie) est d’ordre obsessionnel chez certaines personnes. Le peintre Vincent Van Gogh était anémophobe et recherchait surtout le soleil. En s’installant à Arles, en 1888, il trouva le soleil, mais aussi le mistral, dont le souffle violent l’obligea à revenir dans la région parisienne. Bien qu’elles soient plus rares, il faut mentionner également l’héliophobie et la thermophobie (craintes du soleil et de la chaleur), l’hygrophobie et la pluviophobie (appréhension de l’humidité et de la pluie), etc.

CHANTONS SOUS LA PLUIE

            Un matin d’hiver, Pierre-Louis se réveilla en proie à une toux subite. Ce septuagénaire climato-sensible (vent, froid humide et pluvieux, etc.) se leva sans attendre, toussant, éternuant, éprouvant de la difficulté à reprendre son souffle. Après avoir bu un peu d’eau, il se mit à sucer une pastille à la sève de pin en vue de calmer sa toux. Puis, il se dirigea vers le salon, ouvrit la fenêtre et les volets. Aussitôt un vent froid et humide s’engouffra avec force dans la pièce. Sous la pression du vent, Pierre-Louis suffoqua. Prestement il referma la fenêtre. Au dehors, le jour n’était pas encore levé, il faisait sombre et il pleuvait…

            Pierre-Louis sentit monter en lui l’irritation et la mauvaise humeur.

            Quelques minutes plus tard, en regardant attentivement à travers les carreaux, il remarqua que le vent avait molli et la pluie baissé d’intensité. Il rouvrit la       fenêtre, huma l’air frais du matin, écouta la mélodie tranquille de la pluie qui tombe goutte à goutte. Depuis son plus jeune âge, la mélodie de la pluie mettait son cœur en joie, et Pierre-Louis se mit à fredonner « Singin’ in the rain », le célèbre « Chantons sous la pluie » de Stanley Donen et Gene Kelly !

            Son psychisme étant de nouveau au beau fixe, le septuagénaire prit la résolution de faire une longue promenade sous la pluie, dès que la clarté du jour serait suffisante…

            Réduire notre climato-sensibilité psychique à tel ou tel facteur météorologique passe par davantage d’exercice physique, surtout en plein air. Par la ferme volonté de sortir de chez soi par tous les temps – sauf lorsque gronde l’orage ou souffle la tempête – en prenant les précautions qui s’imposent, chacun selon son état de santé, en vue d’affronter le soleil et/ou la chaleur, le vent et/ou le froid, la pluie ou la neige, le brouillard ou la grisaille, etc. etc.

                                                                                                                       Michel BALLAIS

  1. La nature médecin, volume 2, p.591
  2. Idem p.599
  3. Idem p.601                 

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